Pli pincé cousu à la main dans un velours de coton vert bouteille, avec trois plis qui s'ouvrent en éventail.
conseils

Guide des plis de rideaux : flamand, plat, wave et plus

Nalia··13 min de lecture

Flamand, plat, wave, gobelet, pincé, oeillets : chaque pli de rideau crée un tombé et une ambiance différents. Guide de choix par Nalia, Sherbrooke.

La première question que je pose à une cliente qui arrive à l'atelier n'est pas « quelle couleur? ». C'est : « quel pli? »

Parce que le pli, c'est la décision qui structure tout le reste. Il détermine la façon dont le tissu tombe, l'atmosphère qu'il crée dans la pièce, la quantité de tissu nécessaire, le type de tringlerie requis. Choisir une tête de rideau, c'est aussi choisir combien de tissu vous allez payer, comment vos rideaux vont vieillir, et ce qu'ils feront tous les jours pendant dix ans quand vous les ouvrez et les fermez.

Les plis ne sont pas interchangeables. Ce qui fonctionne dans un bureau d'architecte en loft ne fonctionnera pas dans une salle à manger victorienne. Il y en a six que j'utilise régulièrement, chacun avec ses forces, ses exigences, ses humeurs.

Si vous voulez comparer les six d'un coup d'oeil, la page types de plis fait ce tableau-là. Ici, je fais l'inverse : chaque pli un par un, avec ce qui ne tient pas dans une colonne de tableau, comment il se comporte dans une pièce, ce qu'il coûte en tissu, ce qu'il fait en haut d'une fenêtre haute, et comment il vieillit après des années d'usage quotidien.

Voilà le tour complet.

Six panneaux de rideaux sur mesure dans un atelier de couture à Sherbrooke, chacun illustrant un type de pli différent

Pli flamand : le classique qui ne vieillit pas

Le pli flamand est probablement le pli le plus reconnu de tous. Il se forme par des bouquets de tissu plissés en éventail à intervalles réguliers le long de la tête du rideau, maintenus par des crochets invisibles ou des agrafes. On l'appelle aussi parfois pli triple, parce que chaque groupe comprend traditionnellement trois plis distincts pincés ensemble à la base.

Visuellement, il donne du volume, de la profondeur, une certaine solennité. Fermé, les plissés forment des colonnes régulières. Ouvert, le tissu se replie en accordéon avec une précision qui satisfait l'oeil.

Meilleures pièces : Salon formel, salle à manger, bibliothèque. Les pièces où on reçoit et où on veut imprimer du caractère.

Tissus qui fonctionnent : Velours, soie, damas, coton lourd, lin mi-lourd. Il faut du corps pour que les plis tiennent leur forme.

Niveau de formalité : Élevé. C'est le pli des intérieurs traditionnels, des espaces où l'on prend le temps de faire les choses correctement.

Exigences en confection : Le ratio de tissu est de 2 à 2,5 fois la largeur de la fenêtre. La précision de l'espacement entre les bouquets est critique.

C'est le ratio le plus élevé du groupe avec le gobelet, et ça explique pourquoi un flamand coûte toujours plus cher en tissu qu'un plat ou des oeillets sur la même fenêtre, presque le double. Il aime aussi la hauteur : les bouquets ont besoin d'espace pour se déployer, et sous un plafond de huit pieds avec peu de dégagement, ils paraissent tassés plutôt que nobles.

Ouvert, il s'empile en accordéon serré, ce qui mange une portion réelle du mur, jusqu'à 20 ou 25 cm de vitrage de chaque côté sur une porte-patio large. À l'usage quotidien il tient bien : les anneaux glissent, la structure est cousue et non repassée. Ce qui fatigue en premier, c'est presque toujours la doublure ou les crochets après quinze ou vingt ans, ce qui se répare sans refaire le panneau. Au lavage, c'est le nettoyage à sec, toujours. Je déconseille le flamand pour une chambre d'enfant ou un chalet décontracté : il demande plus de cérémonie que ces pièces n'en offrent.

Pli plat : la sobriété moderne

Le pli plat ne se plisse pas. Il forme une bande propre et tendue en haut du panneau, sans bouquet ni ondulation. Le tissu tombe en colonnes droites, comme une draperie architecturale.

C'est le pli de l'épure. Des intérieurs scandinaves, des cuisines ouvertes sur le salon, des bureaux à domicile qui doivent respirer. Il se pose là et laisse le tissu parler pour lui-même.

Meilleures pièces : Salon contemporain, cuisine, salle de bain si les dimensions le permettent, chambre minimaliste.

Tissus qui fonctionnent : Lin, coton léger à moyen, mélanges naturels, polyester tissé en toile. On peut travailler plus léger qu'avec les plis à bouquets.

Niveau de formalité : Bas à moyen. Contemporain, décontracté, élégant à sa façon.

Exigences en confection : La coupe doit être parfaitement droite. Une ligne de tête légèrement de travers se voit immédiatement, sans aucun plissé pour la masquer.

Côté tissu, c'est le pli le plus économique du groupe : je compte 1,5 à 1,8 fois la largeur, contre 2 à 2,5 pour un flamand. Sur une grande baie, cet écart suffit parfois à changer la gamme de tissu qu'on peut se permettre. En hauteur, c'est le plus tolérant du groupe : il se comporte aussi bien sous un plafond de huit pieds que dans une pièce à double hauteur, parce qu'il n'a qu'une ligne droite à tenir, pas de volume à faire respirer.

Ouvert, il stacke serré, presque comme le wave, ce qui en fait un excellent choix pour une porte-patio large. C'est un pli robuste tant que la tête reste rigide, grâce à l'entoilage cousu à l'intérieur, mais l'humidité et le lavage à la machine peuvent le gondoler et faire onduler une ligne censée rester droite, sans rattrapage possible : il faut refaire la tête. Nettoyage à sec dès que le tissu le permet. Je le déconseille pour une pièce qui a besoin de chaleur et de présence, une salle à manger d'apparat par exemple : il fait exactement ce qu'on lui demande, être discret, et c'est un problème quand la pièce veut le contraire.

Pli wave : le contemporain qui circule

Le pli wave crée des ondulations régulières et continues sur toute la largeur du panneau. Il ne forme pas de bouquets discrets : c'est un mouvement fluide et répétitif, comme de l'eau qui court le long du tissu.

C'est la tête de rideau qui a changé beaucoup d'intérieurs dans les dernières années. Je lui ai consacré un article complet si vous voulez approfondir. La question de la tringlerie qu'il exige, elle, est traitée en détail dans mon guide sur les tringles, rails et systèmes wave : je ne la refais pas ici.

Meilleures pièces : Salon ouvert, chambre principale, espace de vie contemporain avec de grandes fenêtres.

Tissus qui fonctionnent : Lin mi-lourd, velours de coton, polyester tissé haut de gamme, soie sauvage. Il faut du corps sans rigidité.

Niveau de formalité : Moyen. Contemporain raffiné, ni formel ni décontracté.

Exigences en confection : Le wave est exigeant. Tringlerie à rail spécifique, ratio calculé précisément, tissu qui tient l'ondulation sans s'affaisser.

En tissu, il demande généralement 1,8 à 2 fois la largeur, un peu moins qu'un flamand parce que l'ondulation donne l'impression de plénitude sans entasser autant de tissu par bouquet. C'est le pli qui profite le plus de la hauteur : une vague qui se déroule sur deux mètres et demi lit tout autrement qu'une vague coincée sous un plafond bas.

Ouvert, il stacke très serré, presque comme le plat, ce qui en fait, avec lui, le meilleur choix pour une porte-patio large. À l'usage quotidien, c'est un des plis les plus doux pour le tissu, le poids reposant sur des chariots à roulement plutôt que traîné sur des anneaux. Ce qui vieillit, c'est le ruban wave cousu à la tête : s'il perd sa tension, souvent après un lavage inadapté, l'ondulation devient irrégulière et ne se corrige pas au fer, il faut refaire la couture. Nettoyage à sec, plus encore que pour la plupart des autres plis. Je le déconseille à qui n'est pas prêt à investir dans le rail approprié : un ruban wave sur une tringle ordinaire donne des vagues inégales qui s'écrasent au centre.

Pli gobelet : l'architecture du rideau

Le pli gobelet ressemble au pli flamand à la base, mais chaque bouquet est ouvert au sommet pour former un cylindre creux, comme un gobelet ou un vase. C'est le détail que les designers remarquent avant les clients.

Le pli gobelet, c'est la ponctuation d'une pièce formelle. On ne le pose pas sans réfléchir, mais quand il est là, il est là pour de bon.

Meilleures pièces : Salle à manger d'apparat, salon de réception, bureau directorial. Pas pour une chambre d'enfant.

Tissus qui fonctionnent : Soie, velours, brocart, tissus à structure ferme. Le lin trop mou n'est pas indiqué ici.

Niveau de formalité : Très élevé. C'est le pli le plus dramatique et le plus exigeant en contexte.

Exigences en confection : Les cylindres doivent être renforcés à l'intérieur (carton léger ou mousse) pour garder leur forme. La hauteur uniforme se contrôle à la main.

C'est le pli le plus gourmand en tissu de tout le groupe, généralement 2,5 à 3 fois la largeur, parce que chaque cylindre a besoin de surplus pour rester creux. C'est aussi le plus dépendant de la hauteur de plafond : sous huit pieds, les cylindres semblent tassés plutôt que déployés.

Ouvert, il s'empile aussi épais que le flamand, sinon plus, à cause du renfort interne. Sur une porte-patio, ce n'est presque jamais mon choix : ce pli est pensé pour rester surtout fermé, pas pour un usage quotidien à grande ouverture. C'est justement là qu'il vieillit le moins bien s'il est manipulé souvent, le renfort fatiguant avec les ouvertures répétées, sans reprendre sa forme au fer. Nettoyage à sec exclusivement, fait rarement. Je déconseille systématiquement le gobelet pour une pièce à usage quotidien : c'est un pli de représentation, pas un pli de tous les jours, et je le dis avant la confection.

Pli pincé / Pli crayon : la polyvalence tranquille

Le pli pincé, qu'on appelle parfois pli crayon lorsque les plis sont plus serrés et fins, crée une série de petits plis droits et réguliers à intervalles rapprochés sur toute la largeur de la tête. C'est le pli le plus ancien, et paradoxalement l'un des plus polyvalents.

Il n'a pas la présence du flamand ni la fluidité du wave. Mais c'est précisément pour ça qu'il fonctionne dans autant de contextes.

Meilleures pièces : Chambre, salle de séjour, cottage, intérieur de style campagne ou traditionnel québécois.

Tissus qui fonctionnent : Lin, coton, polyester, mélanges. C'est le pli le plus permissif côté tissu.

Niveau de formalité : Faible à moyen. Traditionnel, rassurant, efficace.

Exigences en confection : Relativement accessible, mais la régularité des plis doit être maintenue sur toute la largeur.

En tissu, comptez 2 à 2,5 fois la largeur, jusqu'à 3 fois pour un crayon très serré, un ratio comparable au flamand mais sur des tissus généralement plus légers et moins chers. En hauteur, c'est le plus tolérant après le plat : discret sur une petite fenêtre comme sur une fenêtre haute de salon.

Ouvert, il s'empile moyennement, plus serré qu'un flamand mais moins qu'un plat ou un wave. C'est un des plis les plus robustes à l'usage quotidien, le ruban froncé sur crochets encaissant bien des années d'ouverture. Ce qui le fait vieillir, c'est le lavage à la machine sur un tissu non préalablement lavé, qui rétrécit et déforme la régularité des plis. Sur un tissu non doublé, un lavage délicat reste possible; sur doublé, nettoyage à sec. Je ne déconseille pratiquement jamais ce pli : c'est celui qui a le moins de situations où il détonne.

Oeillets : le moderne pratique

Les oeillets sont les anneaux métalliques traversés directement par la tringle. Il n'y a pas de bouquets, pas de plissés : le tissu forme des plis en zigzag entre chaque oeillet.

C'est la tête de rideau la plus facile à installer et à entretenir. Le tissu glisse directement sur la tringle.

Meilleures pièces : Chambre d'enfant, salle de jeux, cuisine décontractée, pièce secondaire, chalet.

Tissus qui fonctionnent : Lin léger à moyen, coton, polyester imprimé. À éviter avec les tissus très lourds ou précieux.

Niveau de formalité : Faible. Décontracté, pratique, contemporain dans ses versions épurées.

Exigences en confection : Espacement parfaitement régulier. On utilise une bande rigide cousue à la tête du panneau.

En tissu, c'est un des plis les plus économiques : 1,8 à 2 fois la largeur, le zigzag donnant l'illusion d'ampleur sans fronce additionnelle. Sur une fenêtre haute, les anneaux deviennent visibles sur toute la longueur, effet voulu ou défaut selon le style de la pièce.

Ouvert, les oeillets s'empilent de façon souple, ni le plus serré ni le plus large du groupe. Sur une porte-patio, c'est un choix fréquent parce que le glissement est le plus fluide de tous les plis. C'est justement sa force à l'usage quotidien : le tissu glisse sans intermédiaire, donc c'est le pli qui subit le moins de friction dans le temps. Ce qui vieillit, c'est l'oeillet lui-même : sur un tissu trop lourd, la contrainte répétée déforme le trou ou fatigue le tissu autour. Côté lavage, c'est le plus permissif : sans doublure lourde à préserver, un coton ou un polyester tolère souvent un lavage délicat à la machine. Je déconseille les oeillets pour un velours épais ou une soie précieuse : le poids concentré sur des points de contact étroits abîme le tissu et le métal deux fois plus vite qu'un pli qui répartit la charge.

Ce que le ratio de plissement fait à votre facture

Voici ce qu'une colonne de tableau ne montre jamais : le même tissu, sur la même fenêtre, coûte différemment selon le pli.

Prenons une fenêtre de 2,4 mètres habillée de deux panneaux. Un flamand à 2,25 fois de moyenne demande environ 5,4 mètres de tissu avant repos de raccord et ourlets. Le même projet en plat à 1,65 fois demande environ 4 mètres. Presque un tiers de tissu en moins, pour un résultat tout aussi soigné mais dans un registre différent. Sur un tissu de bonne qualité, cet écart se traduit directement en dollars sur la facture, avant même la main d'oeuvre. Ce n'est pas un argument pour choisir le pli le moins cher, c'est un argument pour choisir en connaissant le vrai coût, tissu en main.

Quel pli choisir pour votre projet?

Il n'y a pas de réponse universelle. Il y a un style de vie, une architecture de pièce, une lumière, un tissu. Ce qui guide mes recommandations, c'est rarement la tendance du moment. C'est la question suivante : dans cette pièce, avec cette hauteur de plafond, cette fenêtre, cette famille, quel pli sera encore juste dans dix ans, et est-ce que vous allez encore aimer l'ouvrir et le fermer tous les jours dans cinq ans?

Pour les intérieurs formels et les grandes pièces de réception, je reviens souvent au pli flamand ou au gobelet, sachant que le gobelet demande d'être manipulé peu souvent. Pour les espaces contemporains avec de la hauteur, le wave ou le pli plat, aussi les deux meilleurs choix pour une grande porte-patio. Pour les chambres et les espaces quotidiens, le pli pincé ou les oeillets selon le degré de décontraction voulu et l'usage réel du rideau.

Si le choix de tringlerie n'est pas encore arrêté, mon guide sur les tringles, rails et systèmes wave explique ce que chaque système permet et exige, parce que la quincaillerie décide souvent ce qui est réalisable avant même le tissu.

La confection sur mesure pour le résidentiel commence toujours par cette conversation-là, tissu en main. Pas dans un catalogue.

Si vous avez un projet en tête et que vous n'êtes pas certaine du pli qui lui correspond, demandez une soumission. On va regarder ça ensemble.

Un projet de rideaux sur mesure en tête ?

Nalia est disponible pour une consultation à Sherbrooke et en Estrie.

Planifier une consultation