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Bord menant d'un rideau en lin bleu visiblement plus pâle que le reste du panneau, comparé côte à côte avec le tissu d'origine à l'intérieur du pli, lumière rasante d'hiver par une fenêtre plein sud à Sherbrooke
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Rideaux décolorés : le soleil attaque toujours le même bord

Nalia··6 min de lecture

Le soleil n'use pas un rideau uniformément, il use le bord menant. La rotation annuelle qui règle ça, et pourquoi l'hiver québécois est la pire saison.

Il y a un conseil d'atelier qui ne coûte rien, qui prend deux minutes une fois par an, et que presque personne ne connaît : intervertissez vos deux panneaux. Celui de gauche va à droite, celui de droite va à gauche.

Voici pourquoi ça compte plus qu'on pourrait le croire.

Bord menant d'un rideau en lin visiblement plus pâle que le reste du panneau

Le soleil n'attaque pas le panneau, il attaque un bord

Quand un rideau est ouvert, la plus grande partie du tissu est repliée sur elle-même contre le mur. Ces plis se protègent les uns les autres. Une seule bande reste exposée en permanence : le bord menant, celui qui se trouve du côté de la fenêtre, le bord qu'on attrape pour tirer le rideau.

Ce bord reçoit donc, année après année, plusieurs fois la dose de lumière que reçoit le reste du panneau. Il pâlit plus vite. Au début ça ne se voit pas, parce que la différence est progressive et que l'oeil s'y habitue. Puis un jour vous fermez le rideau en plein jour, la bande décolorée se retrouve au milieu de la fenêtre à côté du tissu resté à l'abri, et l'écart saute aux yeux.

À ce stade, c'est irréversible. Un tissu décoloré ne se recolore pas.

On croit qu'un rideau vieillit uniformément. Il vieillit par bandes, et la bande la plus exposée est celle qu'on manipule tous les jours.

La rotation annuelle

D'où le geste. Une fois par an, décrochez les deux panneaux et remontez-les en les inversant.

Le bord menant de chaque panneau se retrouve alors du côté du mur, à l'abri, et c'est l'ancien bord intérieur qui prend le relais. L'exposition se répartit sur deux bandes au lieu d'une, et l'écart visible met beaucoup plus longtemps à apparaître.

Deux précisions pratiques. D'abord, ça ne fonctionne que sur une paire symétrique : deux panneaux de même largeur, avec la même tête. Un panneau unique ou une paire asymétrique ne se permute pas. Ensuite, profitez-en pour passer l'aspirateur des deux côtés pendant qu'ils sont décrochés, et pour vérifier l'état des crochets.

Je le note désormais sur la fiche que je remets à la livraison, parce que c'est le genre de chose qu'on ne pense jamais à demander.

Pourquoi l'hiver québécois est le pire moment

C'est la partie qui surprend, et c'est celle qui compte le plus ici.

On se croit à l'abri de novembre à mars. Le ciel est souvent gris, les journées sont courtes, on associe le soleil aux dommages d'été. Trois choses se combinent pourtant contre le tissu à ce moment précis de l'année.

Le soleil est bas. En décembre et janvier, il ne monte jamais très haut au-dessus de l'horizon. Sa lumière entre presque à l'horizontale, traverse toute la pièce, et frappe le rideau de plein fouet au lieu de glisser sur le haut de la fenêtre comme en juillet.

La neige réfléchit. Une cour enneigée renvoie vers vos fenêtres une part importante de la lumière qui la frappe. Une fenêtre qui reçoit normalement le soleil direct reçoit en hiver ce soleil plus son rebond au sol.

Les rideaux sont plus souvent ouverts. On cherche la lumière quand il y en a peu. Le panneau passe donc davantage de temps replié, bord menant exposé, exactement dans la configuration qui use ce bord.

Une fenêtre plein sud à Sherbrooke reçoit en février une lumière que personne ne surveille, sur un rideau que personne ne pense à protéger à cette saison.

Les fibres qui tiennent et celles qui abandonnent

Toutes ne se valent pas devant la lumière, et l'écart entre les meilleures et les pires est large.

Le polyester et les acryliques résistent le mieux. C'est peu romantique et c'est vrai. Pour une fenêtre plein sud très exposée, un mélange contenant du polyester est un choix raisonnable même quand le coeur penche ailleurs.

Le coton et le lin se situent au milieu. Ils tiennent correctement, surtout doublés, et ils se fragilisent lentement plutôt que de casser d'un coup. C'est ce que je propose le plus souvent, avec une doublure adaptée à l'exposition.

La soie est la plus vulnérable de toutes. Elle ne se contente pas de pâlir, elle se désagrège : les fibres deviennent cassantes et le tissu se déchire au moindre effort. Je ne recommande pas de soie non protégée devant une fenêtre très ensoleillée, quelle que soit la beauté du tissu.

Côté couleur, les rouges et les teintes vives partent en premier, les tons moyens et les naturels tiennent le mieux, et un tissu très foncé montre moins la décoloration même quand elle est là.

La doublure comme pièce sacrifiable

Voici l'idée qui change la façon de penser un rideau exposé, et c'est celle qui m'amène le plus de travail de réparation satisfaisant.

Sur un rideau doublé, ce n'est pas la façade qui reçoit le soleil. C'est la doublure. Elle est du côté de la vitre, elle prend l'ultraviolet en premier, et elle protège le beau tissu derrière elle.

Ça veut dire que la doublure est une pièce d'usure. Elle est censée s'abîmer. Et quand elle est abîmée alors que la façade est encore intacte, on ne remplace pas le rideau : on remplace la doublure.

Concrètement, on découd, on retire l'ancienne doublure, on en monte une neuve, on remet les plis. Vous gardez le tissu que vous avez choisi, mesuré et payé, et le panneau repart avec dix ans devant lui. C'est nettement moins cher qu'une confection neuve, et c'est un travail courant que je fais toute l'année. Les détails sont sur la page réparation et entretien.

Pour une fenêtre très exposée, on peut aussi monter dès le départ une doublure traitée contre les UV. Elle coûte un peu plus cher au mètre et elle allonge sensiblement la vie de la façade.

Ce qui se rattrape, et ce qui ne se rattrape pas

Une doublure usée, une façade intacte : on remplace la doublure. Excellent résultat.

Un bord menant légèrement plus pâle sur les deux panneaux : la rotation annuelle, désormais, et on vit avec l'écart existant. Il ne s'aggravera plus au même rythme.

Un bord menant franchement décoloré sur un panneau assez large : on peut parfois recouper le panneau pour retirer la bande abîmée et refaire le bord, à condition qu'il y ait assez d'ampleur pour en perdre. Ça se décide en regardant le rideau, pas au téléphone.

Une soie fragilisée : rien. Quand la fibre a cassé, le tissu ne revient pas. C'est la raison pour laquelle je pose des questions sur l'orientation de la fenêtre avant de parler de tissus délicats.

Le comportement de chaque matière est détaillé dans le guide des tissus, et l'entretien courant, celui qui espace les vrais nettoyages, est dans laver ses rideaux doublés.

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