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Rideau de porte en velours vert profond suspendu dans l'embrasure entre un salon et un escalier dans une maison ancienne de Sherbrooke, tissu lourd tombant jusqu'au plancher de bois, lumière chaude de fin d'après-midi en hiver
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La portière : le rideau de porte qui garde la chaleur

Nalia··6 min de lecture

Un rideau devant une porte est un objet thermique avant d'être un objet de décor. Le poids de tissu qui arrête un courant d'air, et comment il se coud.

Les revues de décoration ont redécouvert cette année un objet qu'elles appellent la portière : un rideau suspendu non pas devant une fenêtre, mais devant une porte ou dans une embrasure entre deux pièces. On le présente comme un geste de style, une façon d'adoucir une ouverture.

C'est vrai. Ce n'est pas la raison pour laquelle l'objet existe.

La portière a été inventée pour garder la chaleur dans une pièce. Dans les maisons chauffées par une seule source, on fermait le tissu et on gardait la chaleur là où les gens se trouvaient. À Sherbrooke, ce n'est pas de l'histoire ancienne. C'est le mois de février.

Rideau de porte en velours vert suspendu dans une embrasure entre un salon et un escalier

Les trois endroits où on me la demande

Presque toutes les portières que je confectionne répondent à l'une de ces trois situations.

La porte du sous-sol. Un sous-sol partiellement chauffé, ou chauffé mais mal isolé, envoie de l'air froid dans l'escalier, et cet air arrive au rez-de-chaussée par l'ouverture du haut. Une portière au haut de l'escalier coupe cette circulation. C'est la demande la plus fréquente et c'est aussi celle où la différence se sent le plus vite.

L'escalier ouvert sur le salon. Les maisons rénovées en aire ouverte ont souvent perdu la porte qui séparait l'escalier du reste. L'air chaud monte et ne redescend pas, alors le salon reste frais pendant que l'étage cuit. Un panneau dans l'ouverture rétablit la séparation quand on en a besoin, et se range le reste du temps.

L'entrée. Une porte d'entrée qui donne directement dans une pièce à vivre laisse entrer un coup d'air chaque fois que quelqu'un rentre. Une portière ne remplace pas un vestibule, mais elle absorbe une bonne partie de ce coup d'air.

Le poids, qui est la vraie question

Un rideau de fenêtre travaille contre le rayonnement et la convection à la surface du verre. Une portière travaille contre un déplacement d'air. Ce sont deux problèmes différents, et le second demande de la masse.

En pratique, un tissu de rideau ordinaire, disons entre 200 et 300 grammes au mètre carré, ne fait pas grand-chose devant une ouverture. Il bouge quand l'air bouge. Pour qu'un panneau résiste au déplacement d'air plutôt que de l'accompagner, je vise le double, et souvent davantage une fois la doublure et l'entoilage comptés.

Concrètement, ça donne trois familles de tissus qui fonctionnent :

  • Le velours de coton ou de polyester épais. Le choix classique, et pour de bonnes raisons : la masse est là, la surface veloutée casse le mouvement de l'air, et le tombé est superbe.
  • La laine et les mélanges de laine. Plus chers, remarquables thermiquement, et ils supportent bien d'être manipulés tous les jours.
  • Un tissu d'ameublement moyen doublé et entoilé. C'est la voie la plus souple : on choisit la façade pour l'allure et on va chercher la masse dans les couches intérieures.

Devant une fenêtre, le tissu est un écran. Devant une porte, c'est une masse. Le même beau tissu peut réussir à un endroit et ne rien faire à l'autre.

Elle balaie le plancher, elle ne l'effleure pas

C'est la différence de confection qui surprend le plus mes clientes.

Un rideau de fenêtre bien coupé affleure le plancher ou flotte à un centimètre. Une portière, elle, doit reposer sur le sol sur deux à quatre centimètres, parce que l'air froid circule au ras du plancher et que c'est exactement là qu'un rideau trop court le laisse passer. Un panneau magnifique qui s'arrête à deux centimètres du sol perd une bonne partie de son intérêt.

Cela a une conséquence dont il faut parler avant de couper : le bas d'une portière traîne, donc il se salit. Dans une entrée, en hiver, il ramasse le calcium et l'eau des bottes. Je conseille alors deux choses. D'abord une façade lavable ou nettoyable, jamais un tissu délicat. Ensuite une bande de renfort au bas, qui prend l'usure et se remplace sans toucher au reste du panneau.

La doublure compte plus ici

Sur un rideau de fenêtre, la doublure protège la façade du soleil et ajoute un peu d'occultation. Sur une portière, elle fait partie du travail thermique, et elle a un second rôle que les gens n'anticipent pas : une portière se voit des deux côtés.

Un rideau de fenêtre a un endroit et un envers, et l'envers regarde la vitre. Une portière a deux endroits. Vue du salon, vous voyez la façade. Vue de l'escalier, vous voyez la doublure. Alors on choisit la doublure comme un tissu à part entière, pas comme un accessoire, et on soigne la finition des bords autant d'un côté que de l'autre.

Le piège du panneau trop lourd

Il y a une limite, et c'est celle que je nomme en consultation avant de parler de tissu.

Une portière doit s'ouvrir. Si le panneau est si lourd qu'il faut y mettre les deux mains chaque fois qu'on passe, personne ne l'ouvre, et au bout de trois semaines il reste tiré en permanence dans un coin. On se retrouve avec une belle pièce de tissu qui ne fait plus rien, ni thermiquement ni visuellement.

Le bon dosage tient compte de qui l'utilise et à quelle fréquence. Une portière de sous-sol, qu'on ferme en novembre et qu'on rouvre en avril, peut être franchement lourde. Une portière dans un passage emprunté quinze fois par jour doit rester manoeuvrable d'une main. Ce sont deux commandes différentes même si l'ouverture fait la même largeur.

Ce qu'il faut prévoir au-dessus de la porte

Je confectionne le tissu. Je ne fournis ni ne pose la quincaillerie, et sur une portière c'est un point à régler tôt plutôt que tard, parce que le support doit porter un panneau nettement plus lourd qu'un rideau ordinaire.

Trois choses à vérifier avec la personne qui fera la pose :

  1. L'ancrage va-t-il dans la structure ? Une tringle vissée seulement dans le gypse ne tiendra pas une portière en velours doublé. Il faut atteindre un montant ou le cadre de porte.
  2. Y a-t-il assez de dégagement de chaque côté ? Un panneau ouvert doit pouvoir se ranger à côté de l'ouverture, pas dedans. Sinon on circule dans le tissu.
  3. Quelle hauteur de pose ? Plus haut que le cadre allonge visuellement l'ouverture, mais ajoute de la hauteur de tissu, donc du poids et du prix.

Donnez-moi ces trois réponses et je peux couper juste. C'est la même logique que pour la tringle et le rail d'un rideau de fenêtre, avec des charges plus élevées.

Est-ce que ça vaut la peine

Pour une porte de sous-sol ou un escalier ouvert, oui, et la différence se sent dans la semaine. Pour une entrée, oui, avec une attente réaliste : vous réduisez le coup d'air, vous ne le supprimez pas.

Là où je vais vous orienter ailleurs : une portière ne remplace pas l'isolation d'une porte qui ferme mal, ni un coupe-froid usé. Si l'air passe par le cadre plutôt que par l'ouverture, commencez par là. Le tissu viendra ensuite, et il travaillera mieux.

Pour les fenêtres du même étage, le raisonnement thermique est détaillé dans le guide des rideaux thermiques pour l'hiver.

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